Président du collège des membres fondateurs de l’Association Santé Charonne, Bernard Casnin publie son autobiographie, à l’orée de ses 90 ans. Il retrace pour nous son extraordinaire parcours personnel, professionnel et militant, qui lui a valu de recevoir, le 30 septembre, la Médaille de la Ville de Paris. Hommage à l’ami et à l’humaniste engagé qui contribue au succès de notre association depuis ses origines.

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L’Association Santé Charonne (ASC) a été fondée en 1978, avec pour premier objectif de faciliter l’installation, dans le quartier de Charonne d’un cabinet de médecine générale accessible à tous. Bernard Casnin, que les membres de l’ASC connaissent bien, est moteur depuis le début de l’histoire de l’association, et reste essentiel à la vie de celle-ci, dont il préside le collège des membres fondateurs, organe statutaire de l’ASC.

Il y a, aujourd’hui en particulier, deux bonnes raisons de dire quelques mots à propos à propos Bernard :

  • Il vient de recevoir la médaille Grand vermeil de la ville de Paris.
  • Il vient, avec sa femme Marie-Jo, de publier un livre racontant l’histoire de leur couple : Deux vies dans la France des xxe et xxie siècles. Autobiographie.

  

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Cette médaille lui a été remise le 30 septembre 2022 à la mairie du xie arrondissement par Anne Hidalgo, maire de Paris, et François Vauglin, maire du xie, en présence d’élus, dont Patrick Bloche, adjoint à A. Hidalgo et Rosalie Lamin, adjointe à F. Vauglin. De nombreux parents et amis de Bernard étaient présents, avec au premier rang sa femme, Marie-Jo. Retrouver le discours de Bernard lors de cette cérémonie.

 

 



Cette médaille récompense les sept décennies de militantisme de Bernard dans la sphère socio-économique, associant vie professionnelle et militantisme associatif. Le livre retrace cette trajectoire, qui est étroitement lié à sa vie personnelle et familiale.

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Ce qui est particulièrement remarquable de cette vie est la très grande cohérence entre les valeurs qui animent Bernard et son action.

Bernard est né en 1933 : il a donc traversé les évènements, souvent dramatiques, qui ont marqué les deux derniers tiers du xxe et le début du xxie siècle : suites de la crise de 29, montée des fascismes, stalinisme, Deuxième Guerre mondiale, Guerre froide, guerre d’Algérie et décolonisation, « 30 glorieuses », crises économiques, sociales et géopolitiques qui se succèdent depuis 1973… Il a eu une enfance pauvre dans une famille désunie puis séparée, avec de graves ennuis de santé et des séjours prolongés en préventorium ; il a subi directement, avec sa mère et son frère, la répression nazie.

Après son certificat d’études primaires, il est confié aux Apprentis orphelins d’Auteuil, où il devient apprenti menuisier. Il est ensuite placé dans une ferme, toujours comme apprenti.

Un exemplaire du livre peut être consulté à l’accueil de la maison de santé Charonne.

Il s’en échappe, et un conseiller d’orientation lui ouvre deux portes : l’une vers l’apprentissage du métier de tailleur de pierre et l’autre vers le syndicalisme à la CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens). Il restera toujours fidèle à ce syndicalisme chrétien, et rejoindra la CFDT (Confédération française du travail) lors de la scission de 1964 qui aboutit à la création de cette dernière. Il poursuit sa formation à l’École des métiers du bâtiment, où il obtient un CAP et un brevet d’enseignement industriel de tailleur de pierre. Il est alors aiguillé vers les Monuments historiques, où il commence sa vie professionnelle. Il s’oriente rapidement vers le travail en cabinet d’architectes.
C’est à ce moment qu’il rencontre Marie-Jo Pignol, qui lui fait découvrir l’action éducative et sociale, en particulier en faveur des adolescents et des femmes. Elle deviendra sa femme en 1954. Leur couple en est aujourd’hui aux noces de granit – 68 ans de mariage –, et approche donc les noces de platine – 70 ans de mariage. À partir de 1955, ils militent contre le mal-logement, en liaison avec les Compagnons d’Emmaüs, créés par l’abbé Pierre.

La trajectoire de Bernard poursuit sa progression dans le secteur de l’architecture, où il prend en charge la réalisation d’ensembles immobiliers de plus en plus importants, dans les secteurs public et privé (à la Défense par exemple), mais surtout de plus en plus dans le domaine du tourisme familial et social, jusqu’à sa retraite en 1994 en même temps que sa femme, qui avait travaillé avec lui depuis la création de l’Atelier d’architecture Bernard Casnin en 1965.

En parallèle, il négocie, au nom de la CFTC et avec la CGT, la première convention collective, signée en 1962 pour les collaborateurs salariés des cabinets d’architectes, qui sont à l’époque 22 000, ce qui constitue une petite révolution dans le monde très corporatiste de l’architecture, puis il travaille à l’amélioration de la formation de ces collaborateurs.

Il continue avec la création, l’animation et souvent la direction de diverses associations, que ce soit par exemple dans le domaine du tourisme social ou, en 1964, avec PROMOCA, dans celui de la promotion sociale et de la formation permanente des collaborateurs d’architectes,

En 1972, il est légalement reconnu comme architecte – reconnaissance rare pour qui n’a pas le diplôme d’architecte – et s’inscrit à l’ordre des architectes ; il sera élu en 1982 au conseil de l’ordre des architectes.

La même année voit la réalisation de l’Opération Charonne, au 177 rue de Charonne, avec la construction de logements sociaux, de la nouvelle église du Bon Pasteur et de locaux associatifs et culturels mis à disposition des habitants du quartier. La gestion de ces locaux sera confiée à partir de 1974 à l’AGECA, association créée à cet effet par des militants du quartier.

En 1978 est créée l’Association pour l’animation d’un centre de santé à Charonne, qui deviendra en 1983 l’Association Santé Charonne (ASC). Elle est hébergée dans les murs de l’Association diocésaine de Paris et permet, dans un premier temps, l’installation d’un premier médecin généraliste, le docteur Annie-Claire Deyon-Avanturier, qui a pris récemment sa retraite et fait partie du collège des membres fondateurs de l’ASC.

L’ASC se développe, avec la création d’une maison pluri-professionnelle de santé (MSP) qu’elle héberge dans le cadre de la Maison de santé Charonne (MSC), qui réunit désormais 5 médecins généralistes, une kinésithérapeute et une psychologue et qui cherche à intégrer au moins un(e) infirmier(e) et un(e) autre kinésithérapeute. Cette MSP est, depuis 2016, installée dans les nouveaux locaux du 61 bis bd de Charonne.

Depuis sa retraite, Bernard continue son action associative, en particulier avec :

  • l’ASSECO CFDT, pour la gestion et l’élimination des déchets ; Marie-Jo s’investit elle aussi dans ce domaine, en particulier dans le cadre de la commission Propreté-Environnement du conseil de quartier Alexandre Dumas ;
  • la gestion de l’AGECA, y compris pour la résolution d’une grave crise des relations entre l’AGECA et l’Association diocésaine de Paris, propriétaire des locaux ;
  • le projet de l’ensemble immobilier du 61-63 rue de Charonne qui, outre la MSC, regroupe des logements sociaux, une crèche, un SAMSAH (service d'accompagnement médico-social pour adultes handicapés) ;
  • la gestion de l’ASC, dans le cadre de son collège des membres fondateurs ;
  • la participation à la création de la communauté professionnelle des travailleurs de santé de Paris xie (CPTS Paris 11)…

Cette vie lui a permis de rencontrer beaucoup d’acteurs importants de la vie militante, associative, sociale et politique des 70 dernières années – Safi Boudissa, Edmond Maire, Pierre Mendès-France, etc., et aussi Jacques Brel –, de militer et de travailler avec eux et de lier des liens d’amitié profonds avec certains d’entre eux, comme Jacques Delors.

Nous n’évoquerons pas davantage la vie personnelle de Bernard, avec Marie-Jo, leurs trois filles, leurs petits-enfants et arrière-petits-enfants – vous pouvez vous reporter à son livre. Il nous suffit de dire que la médaille qui lui a été remise le 30 septembre 2022 récompense une activité professionnelle et militante de plus de 70 ans, qui se caractérise par une fidélité absolue aux valeurs qui l’animent, avec un courage constant devant les vicissitudes historiques, familiales, personnelles, sociales et politiques inévitables dans un tel parcours. Cette activité se poursuit, en particulier à l’ASC.

Pour tout cela, Bernard, bravo et merci.

 

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